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Français>>OpinionMise à jour 16.02.2011 10h28
Les risques qui menacent la Chine sont à prendre au sérieux

Une montre statique donne l'heure juste deux fois par jour. Mais le reste du temps, elle ne sert à rien. Il faut bien garder ce fait à l'esprit quand on regardera l'économie chinoise cette année. Pendant une grande partie de la décennie, certaines personnes ont prédit crise et pessimisme imminents pour la Chine. Mais leurs prédictions ressemblent fort à regarder l'heure sur une montre statique.

La croissance de la Chine n'a cessé de voler de succès en sucès. Son économie a bondi. Son influence a grandi. Et tout cela a bénéficié à l'Asie comme au reste du monde.

Alors la question est celle-ci : 2011 sera t-elle l'année où les problèmes de la Chine vont émerger ? L'heure où la montre statique va donner l'heure juste est-elle arrivée ?

Les risques auxquels fait face la Chine sont différents de ceux de l'Occident, où les problèmes de dette persistent. Dans toute l'Asie, les pressions inflationnistes montent et les politiques monétaires doivent être renforcées.

Le problème de la Chine est que ces dernières années elle s'est liée trop étroitement à la politique monétaire des Etats-Unis. Ce faisant, elle a maintenu ses taux d'intérêt plus bas que nécessaire et sa monnaie à un niveau faible. Résoudre ces problèmes est vital et la Chine a déjà commencé à le faire.

Les Etats-Unis et la Chine ont tous les deux besoins d'adopter des politiques monétaires et fiscales qui conviennent à leurs besoins intérieurs. Les Etats-Unis le font. Pour faire face à la déflation, la Réserve Fédérale (la « Fed ») a introduit une deuxième série d'assouplissement quantitatif, ou QE2, l'année dernière, en dépit des critiques que cette action a déclenché dans les autres pays.

L'administration américaine a fait suivre cette action d'un énorme coup de pouce fiscal. Résultat : l'économie américaine va connaître une forte croissance cette année, surtout au premier semestre.

Bien que ces mesures de relance aient réveillé les craintes sur la dette du Gouvernement américain, la réalité est ainsi faite, les Etats-Unis n'avaient pas le choix. Un nombre ahurissant d'Américains, 43 millions, reçoivent des bons alimentaires à l'heure actuelle, une indication claire du niveau de pauvreté. Il est possible que la politique adoptée par les Etats-Unis fonctionne en termes de croissance assurée, à défaut de pouvoir résoudre tous les problèmes du pays.

Tout cela montre bien le besoin qu'il y a pour les décideurs politiques d'Asie de suivre l'exemple américain, non pas en copiant purement et simplement la politique américaine, mais en mettant en place une politique monétaire qui corresponde à leurs besoins intérieurs. Et le défi se montre particulièrement intimidant pour la Chine.

Les autorités chinoises ont imposé un quota sur les prêts l'année dernière. Mais des inquiétudes au sujet de la croissance les ont dissuadé de rendre ce quota suffisamment strict. Mais cette année, il n'y a aucune raison de reculer, parce que la croissance s'annonce forte, stimulée par le 12e Plan Quinquennal (2011-2015).

Les outils de politique de la Chine, à l'évidence, ont bien fonctionné durant la crise financière mondiale. Mais maintenant, il y a des risques.

D'abord, il est devenu plus difficile de contrôler la taille de l'économie chinoise, toujours en phase de croissance rapide, de même que son secteur privé.

Ensuite, il est nécessaire de rééquilibrer l'économie, de l'investissement vers la consommation. Et bien que les investissements soient toujours une bonne chose, leur niveau par rapport au PIB est à présent si élevé qu'une partie de ces investissements n'en vaut peut-être pas la peine.

Enfin, la vulnérabilité de la Chine vient aussi de son secteur financier sous-développé. Bien que les revenus augmentent, les options d'investissement pour les économies familiales sont limitées : les comptes en banque n'offrent que des taux d'intérêt bas ; les titres boursiers sont toujours confrontés à des problèmes de gouvernance ; quant à l'immobilier, les prix y ont déjà atteint des niveaux faramineux. Tout cela rend l'économie sujette aux bulles.

La Chine doit éviter la combinaison mortelle de l'argent bon marché, des prévisions à sens unique et de l'effet de levier. Il y a quelques années, on parlait beaucoup aux Etats-Unis de l'« option Greenspan » : des taux d'intérêt maintenus à un niveau bas pour soutenir le marché des titres. La Chine ne doit pas tomber dans le même piège avec son marché immobilier.

Tout cela augmente les risques d'un revers à court terme pour la Chine. Le problème de l'augmentation des prix de l'alimentation et celui des salaires renforcent encore le sentiment d'urgence qui existe.

Bien sûr, les autorités ne veulent pas voir l'économie dérailler. Mais tout revers qui porterait atteinte à la croissance aurait des ramifications globales, touchant les produits de consommation et le commerce, entre autres. Et bien évidemment, si la croissance venait à connaître un revers, les Cassandre de la montre statique ne manqueraient pas de claironner qu'ils avaient raison, et il y aurait probablement encore plus de spéculations sur l'existence d'une bulle dans l'économie chinoise. Mais ce serait une erreur.

Tout ralentissement de la croissance serait probablement temporaire –un signe fort que le cycle des affaires existe bien en Chine. De plus, puisque la tendance de l'économie est à la hausse, il y aura de toute façon des obstacles sur la route.

Tous ces facteurs offrent une opportunité d'achats, et non une raison de douter de la croissance de l'économie. La croissance de la Chine est bien réelle. Ce n'est pas une économie de bulle, mais une économie sujette aux bulles. Et la nuance est de taille.

Ces dernières années, les marchés ont égréné les mauvaises nouvelles aux Etats-Unis et ils ont finalement pris au sérieux les failles de la zone Euro. Les risques à court terme auxquels fait face la Chine, comme beaucoup de pays d'Asie, doivent être pris au sérieux. Ils doivent cependant aussi être remis dans leur contexte, car il est peu probable qu'ils modifient les perspectives positives de croissance à plus long terme.

D'après la Standard Chartered Bank, l'économie mondiale est dans un super-cycle : une période durable de forte croissance économique qui va durer une génération, voire plus. L'économie mondiale est le double de ce qu'elle était il y a dix ans, et elle a déjà dépassé son pic de pré-récession.

Un élément majeur de ce super-cycle est le changement de l'équiilibre du pouvoir économique et financier de l'Occident vers l'Orient, avec la Chine en tête. Cela a été clairement été mis en valeur lors du récent sommet entre le Président Hu Jintao et le Président américain Barack Obama à Washington.

Peu après être devenu président, Barack Obama a changé la nature des relations des Etats-Unis avec la Chine. Sous le mandat de son prédecesseur, George W. Bush, les Etats-Unis avaient un dialogue économique stratégique avec la Chine. Barack Obama en a fait un dialogue économique et stratégique. Cela est significatif, soulignant les deux aspects de la relation. Mais du fait que la reprise américaine s'est montrée décevante, l'accent à été moins mis sur l'aspect « stratégique » et plus sur l'aspect « économique » de la relation entre les deux pays. Et bien que l'économie américaine soit plus importante, la relation ressemble de plus en plus à une relation entre deux pays égaux.

L'importance économique de la Chine pour l'économie mondiale des temps modernes n'a jamais été si grande. Il est donc vital pour le monde, l'Asie et la Chine que Beijing traite ses problèmes d'inflation maintenant. L'heure n'est plus à l'attente.

L'auteur est économiste en chef et directeur groupe de la recherche globale à la Standard Chartered Bank.

Source: le Quotidien du Peuple en ligne

Commentaire
la chine fait enormement de progres, c'est a feliciter
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