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Français>>CultureMise à jour 08.07.2011 14h19
La Chine et Hollywood...une histoire de films
Affiche du film Kung Fu Panda 2

En 2010, les recettes des entrées au cinéma en Chine ont dépassé la barre des 10 milliards de yuans, dont quelque 2 milliards grâce à deux superproductions du cinéma hollywoodien : 2012 et Avatar. Si ces deux films ont eu un tel succès, c'est parce qu'ils avaient la « touche chinoise » qu'il fallait pour plaire au public chinois qui s'est senti quelque peu « flatté ».

Le cinéma occidental à la sauce chinoise ne date pas d'hier, mais ces dernières années, cette tendance s'est particulièrement affirmée. « La crise financière y est peut-être pour quelque chose, puisque les pays occidentaux ont pu observer la Chine sous un autre jour, surtout grâce au moteur économique qu'elle représente. L'empire du Milieu est ainsi mieux considéré, et ce même égard se reflète à travers les productions cinématographiques dans lesquelles le style chinois est désormais bien plus qu'un simple décor exotique », selon le professeur Fan Yugang de l'École du Parti du Comité central du PCC. Ce dernier ajoute que l'image positive de la Chine est en train de se généraliser en Occident, facilitant ainsi les échanges et la communication d'égal à égal entre les deux cultures.

Entre stéréotypes et préjugés

Voilà déjà plus de 30 ans que Tang Yuhe est allée étudier aux États-Unis. Après tous les films hollywoodiens qu'elle avait alors pu voir, elle pensait savoir à quoi s'attendre. Erreur. Elle est tombée des nues lorsqu'elle a vu ses compatriotes chinois à l'écran dans le pays qui l'avait accueillie. Déconcertée et stupéfaite, elle a été extrêmement déçue. « La façon dont les étrangers se représentaient – ou plutôt devrais-je dire, s'imaginaient – les Chinois était absolument erronée. »

La Chine et les Chinois transparaissent au travers des films américains depuis près d'un siècle, à vrai dire depuis l'époque des films muets. « Considérés comme de véritables étrangers aux yeux des Américains, les Chinois ont toujours été victimes de stéréotypes, explique Mme Tang. Pour être honnête, nombreux sont les films truffés de préjugés. »

Le Dr Pu Yuanyuan de l'École des lettres de l'Université du Peuple de Chine, souligne qu'à l'origine, les éléments chinois introduits dans les films jouaient un rôle majeur à Hollywood. « Or, les discriminations raciales et la montée du courant orientaliste ont influencé la manière qu'avait Hollywood de dépeindre l'Orient comme étant un monde dangereux et rempli de mystères; une image déformée qui a déteint sur celle de la Chine. » Beaucoup de réalisateurs ont créé des personnages chinois – intrigants au teint cireux, portant une longue tresse, parlant une langue inaccessible et pratiquant des cultes mystérieux – issus directement de leur imagination, ou du moins créés sur la base de bribes d'informations, souvent de troisième main.

Vers la fin du XIXe siècle, les États-Unis ont décidé d'expulser par la force la main-d'œuvre chinoise. À la suite de cette mesure d'expulsion connue sous le nom de « Péril jaune », les films étaient plus enclins que jamais à décrire les Chinois comme des étrangers s'imposant comme une menace pour la race blanche. En 1933, le film La Grande Muraille (The Bitter Tea of General Yen) est sorti sur les écrans. Sa trame tourne autour d'une histoire d'amour entre un général chinois et une femme occidentale. À la fois doux, efféminé, sombre et vil, ce général rassemble les deux traits caractéristiques extrêmes d'un homme chinois vu sous un angle américain. C'est à cette époque des films en noir et blanc que l'image du « Chinois hollywoodien » pouvait incarner le mieux la notion d'étrangeté.

Le modèle qui illustrait certainement au mieux cette image était l'infâme docteur Fu Manchu. À partir de 1929, les productions cinématographiques hollywoodiennes dans lesquelles le docteur diabolique faisait office de personnage principal étaient légion. Fortes de leur influence négative sur le public américain, ces productions lui offraient ainsi une vision faussée des Chinois. Aux yeux de l'Orient, encore à l'heure actuelle, beaucoup de films hollywoodiens attribuent au personnage chinois le rôle de méchant : à travers ce côté maléfique – un geste, un regard, le mouvement d'un doigt –, tout est étudié pour effrayer le public blanc américain.

À contre-courant

Néanmoins, il existe tout de même une poignée de films dont le Chinois est le héros. C'est le cas du film Le Lys brisé, réalisé en 1919 par D.W. Griffith, considéré comme l'un des pères fondateurs du cinéma américain. Le film raconte l'histoire de Cheng Huan, un jeune Chinois qui part à Londres en caressant l'espoir de diffuser la parole divine de Bouddha chez les Anglo-Saxons; il s'y éprend d'une Britannique appelée Lucy. Contrairement à elle, candide et sensible, son père, rongé par l'alcool, est brutal et impitoyable. Le personnage de Cheng Huan apparaît comme une nouveauté pour le public occidental. Les critiques font de lui un héros romantique, humble, frêle, autocritique et qui a du cœur.

Pourtant, lorsque des étudiants chinois regardent ce film aujourd'hui, ils reprochent à l'unanimité au personnage principal sa faiblesse et son manque de cran. Ils ne comprennent surtout pas pourquoi Griffith a choisi un acteur blanc pour jouer ce personnage aux yeux bridés portant une tresse et accro à la drogue. « C'est humiliant de dessiner le portrait d'un Chinois de cette façon. C'est même révoltant », bougonne Gu Qian, docteur en cinématographie de l'Université de Nanjing (Jiangsu).

Le professeur Zhang Yingjin, de l'Université de Californie, à San Diego, constate que Griffith s'empare ainsi de la civilisation asiatique dans le but d'informer le public et d'apaiser les tensions raciales en Occident. « Le problème est que du point de vue filmique, le côté féminin et doux introduit par le producteur et réalisateur a involontairement engendré un autre genre de stéréotype du sexe masculin chinois, une étiquette qui pourrait ne pas être sans conséquence. »

Une série policière a été produite dans les années 1920, et cette production a eu beaucoup de succès. Le héros est le détective chinois Charlie Chan; plus populaire encore que James Bond, son personnage a fait de la figuration dans près de 50 longs-métrages. Toutefois, outre-mer, les Chinois n'en ont pas fait grand cas : alors que Charlie Chan incarnait la justice et la loi, son rôle, caractérisé par un personnage formaliste et snob aux airs maniérés qui ne peut s'empêcher de citer Confucius dans un mauvais anglais, était toujours joué par des acteurs blancs. « Comment les Occidentaux pouvaient-ils ne pas rire de lui? », s'interroge Ni Jun, maître de conférence à l'Académie centrale du théâtre. Toujours est-il que Charlie Chan demeure la figure la plus positive de son temps ayant été mise en scène par Hollywood.

En 1937, le roman La Terre chinoise (The Good Earth) de Pearl Buck, qui a obtenu le prix Nobel de littérature l'année suivante, a été adapté au cinéma pour un film éponyme. Le succès a été retentissant aux États-Unis; 23 millions d'Américains se sont rendus dans les salles obscures pour le voir, contre plus de 43 millions de spectateurs ailleurs dans le monde. Grâce au film, l'affreuse image du docteur Fu Manchu qui restait dans les esprits a pu être dissipée. Le public est tombé en admiration devant le portrait des paysans chinois, dignes, acharnés et courageux, profondément attachés à leur terre et défiant les catastrophes naturelles. Ce film a reçu de nombreuses nominations aux Oscars, et l'Allemande Luise Rainer a remporté le prix de la Meilleure Actrice.

M. Ni ajoute : « Par chance, La Terre chinoise et d'autres productions similaires ont permis de faire naître un nouveau stéréotype. Les Américains pensaient que le peuple chinois était en quête de protection et de secours; une sorte de psychologie salvatrice s'inscrivait dans les esprits. Ils avaient désormais pitié de ce peuple “peu éclairé”. » Encore longtemps après la parution du roman de Pearl Buck et du film, ces deux ouvrages ont servi de référence aux Américains pour qualifier les conditions de vie des Chinois sous le régime communiste.

La Chine sous les projecteurs

L'année dernière, Xiao Cheng et sa petite amie, tous deux étudiants universitaires, sont allés voir le film-catastrophe 2012, motivés par l'affiche qui montrait que les « arches » avaient été construites en Chine. Ils se souviennent encore que les Américains, dans le film, se disent avoir pris la bonne décision en remettant la construction des arches aux mains des Chinois. Pour Xiao Cheng, « c'est encourageant pour le label “Fabriqué en Chine”; la Chine sort de l'ombre pour devenir le dernier refuge sur Terre ».

Et d'ajouter : « 2012 est la première superproduction hollywoodienne qui met la Chine en valeur. » En outre, il fait remarquer que, pour la première fois, la Chine joue un véritable rôle clé dans le dénouement d'un film.

Il faut reconnaître que les films occidentaux ont toujours véhiculé des images sur la Chine et les Chinois en se conformant aux relations internationales et en fonction des échanges culturels et de la compréhension de cette culture. Hollywood est en quelque sorte un baromètre indiquant l'évolution des relations entre la Chine et les États-Unis; quant aux productions hollywoodiennes, elles sont une fenêtre sur ces relations bilatérales politiques et commerciales.

L'immense population chinoise a soif de films. C'est la raison pour laquelle elle représente un marché gigantesque pour l'industrie occidentale du cinéma. Ceci dit, le gouvernement chinois n'autorise la diffusion que de vingt superproductions étrangères par an. Il va sans dire que les producteurs se creusent la tête pour trouver comment conquérir ce marché porteur. Aussi, « inclure la Chine dans les productions est une façon de faire pour tenter de séduire ce vaste public. L'ajout de décors chinois est une technique publicitaire qui aide à franchir le pas de la porte dans un premier temps; le but étant d'attirer l'attention et de faire recette », explique Gao Jun, directeur adjoint de la Beijing New Film Association Co. Ltd. Selon le professeur Cao Jingxing de l'École de journalisme et de communication de l'Université Tsinghua et ancien présentateur sur la chaîne hongkongaise Phoenix TV, 2012 est le genre de film qui montre comment les États-Unis voient la Chine et le reste du monde. « Toutefois, si Hollywood souhaite faire des affaires et gagner le cœur du public chinois, les Américains devront se montrer plus “fleur bleue” envers leur public cible », affirme-t-il.

Ainsi, la Chine est-elle mieux considérée dans les films hollywoodiens depuis les années 1990. Sans doute grâce à Disney qui ne compte pas en rester là. Le film d'animation Mulan, l'histoire d'une célèbre femme guerrière dans la Chine antique, réussit à merveille à marier tradition chinoise et mentalité américaine. Il s'agissait de la toute première réalisation Disney en costume d'époque, une performance couronnée de succès.

En 2008, c'est au tour de Kung Fu Panda, cette boule de poil rondouillarde qui devient un maître du kung-fu après un voyage spirituel à la recherche de soi. Son aventure riche en expériences est à la fois ludique et éducative. Rares sont les familles chinoises qui peuvent s'empêcher de rire lorsqu'elles apprennent que le restaurant familial spécialisé dans les nouilles a été gagné au mah-jong, il y a des générations de cela.

Le panda et le kung-fu, les deux éléments principaux du film, sont très bien illustrés, sur fond de couleurs, de musique et de paysages chinois authentiques; même la précision et le réalisme des nouilles sont impressionnants. Le public occidental se laisse facilement emporter dans ce voyage asiatique pour y découvrir sa civilisation, conjugué avec le fameux « rêve américain », bien connu des Occidentaux.

Pour reprendre les mots d'un journaliste, « lorsque les cinéphiles américains et chinois se délectent devant Mulan ou Kung Fu Panda, quelle trace peut-il bien encore rester du docteur Fu Manchu? ».


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Source: China.org.cn

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