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Français>>CultureMise à jour 08.07.2011 14h06
La Chine : étoile montante du cinéma?
Affiche du film Terre jaune (1984)

Encore mal connue des Occidentaux, la Chine est, à bien des égards, une nation difficile à cerner. Nous manquons de points communs; par exemple, la Chine possède un système d'écriture qui lui est propre et tout à fait différent de l'écriture latine, et il faut admettre aussi que les Occidentaux connaissent très peu l'histoire, la culture ou encore l'art chinois. En outre, il semblerait que ce ne soit pas en observant la Chine avec un regard d'Occidental que l'on puisse la comprendre, bien au contraire. Depuis la politique chinoise de réforme et d'ouverture, au début des années 1980, les échanges économiques entre la Chine et l'Occident se sont accrus, tandis que des changements radicaux s'opéraient. En parallèle, la curiosité des Occidentaux les a poussés à partir à la découverte de cette partie de l'Asie qui leur était restée si longtemps inconnue. Plus récemment, depuis les Jeux olympiques de 2008, la Chine se dévoile aux yeux de la communauté internationale.

Les secrets de son succès

En Chine, le 7e art est un moyen de communication en plein essor depuis le XXe siècle. Dans la lignée des autres formes artistiques plus traditionnelles comme le théâtre, la musique ou la littérature, le cinéma apparaît dans une large mesure comme un moyen artistique d'expression personnelle aussi bien pour l'individu que pour la nation. C'est la raison pour laquelle le cinéma joue aujourd'hui un rôle d'intermédiaire. Aussi peut-on dire que le cinéma chinois à la fois présente et représente la nation par delà ses frontières. Que ce soit dans les conditions de production ou dans la forme, les films chinois permettent de comprendre la Chine du XXIe siècle.

Zhang Yimou et Chen Kaige incarnent les cinéastes de « la cinquième génération ». Pour la première fois au milieu des années 1980, la Chine a été sous les projecteurs du Festival international du film grâce aux œuvres de ces cinéastes. Reconnus par l'industrie du cinéma, leurs talents ont été couronnés de prix et de succès. Cette « cinquième génération » est représentée par les premiers cinéastes qui ont diplômé de l'Académie du cinéma de Beijing, juste après la Révolution culturelle (1966-1976). Ceux-ci ont formé un style cinématographique qui leur est propre, caractérisé par l'importance accrue accordée à l'esthétisme et à la composition d'images. Dès le début, Zhang Yimou a joué de manière somptueuse avec les couleurs pour faire ressortir le meilleur de la nature. Terre jaune, réalisé par Chen Kaige, en 1984, est un film singulier pour la beauté saisissante de ses paysages sauvages, et il marque un tournant dans l'histoire du cinéma chinois. La trame du film est complexe : les actions s'enchevêtrent et la caractérisation des personnages est riche et variée. Cette révolution cinématographique joue encore un rôle dans l'évolution du cinéma chinois.

Depuis les années 2000, les films doivent répondre à une demande toujours plus exigeante. De plus, compétitivité et rentabilité sont les clés de la réussite pour les producteurs et réalisateurs qui doivent pallier la baisse des subventions accordées par l'État.

En Chine comme à l'étranger, les films qui rapportent gros sont les films chinois d'arts martiaux, originaires de Hong Kong, et grâce à Bruce Lee, figure emblématique, ce type de films jouit d'une grande renommée en Occident. Aujourd'hui, ce genre de production connaît un regain d'intérêt et est largement diffusé dans le monde. Parmi les films qui ont défrayé la chronique, on retrouve le célèbre Tigre et Dragon de Ang Lee, Hero (2002) et Le Secret des poignards volants (2004) de Zhang Yimou, tous ayant nécessité un investissement colossal pour leur mise en scène. Les décors et les costumes sont à couper le souffle, sans parler des paysages naturels et des scènes de combat uniques qui rendent le film encore plus spectaculaire. Pour réaliser de tels films, les cinéastes remontent dans le passé de la Chine : période des Royaumes combattants (475–221 av. J.-C.), dynasties des Tang (618-907), des Ming (1368-1644) et des Qing (1644-1911). Cette combinaison d'événements historiques et de la science-fiction permet même au public étranger de mieux saisir l'essence de l'histoire chinoise, peu connue jusqu'alors. L'avènement de ce type de films sur le marché international nourrit la concurrence. Les rôles principaux sont tous tenus par des stars de Hong Kong ou de la partie continentale pour relever un peu plus encore la cote de leur popularité dans le monde.

Outre les films sur les arts martiaux, certains films comiques ont aussi été commercialisés. Un des thèmes récurrents est celui des relations économiques qui s'intensifient entre la Chine et l'Occident. Ces films mettent en images les enjeux de la Chine contemporaine. Aujourd'hui, Feng Xiaogang est l'un des réalisateurs de comédies les plus célèbres du pays. Il est le réalisateur de Big Shot's Funeral (2001) qui repose sur la fusion de la culture occidentale et extrême-orientale. C'est l'histoire d'une équipe de tournage américaine venue en Chine pour réaliser un long métrage fondé sur Le Dernier Empereur de Bernardo Bertolucci. En 2009, Gasp, orchestré par le cinéaste Zheng Zhong, raconte l'aventure de la délégation d'une entreprise américaine partie à la recherche de nouveaux partenaires commerciaux en Chine. C'est avec humour que l'auteur met en place la rencontre et le choc des deux cultures. Les descriptions des différences entre les cultures et leurs us et coutumes sont souvent stéréotypées, d'où des rôles dans les films chinois pour le moins accrochés à des situations embarrassantes. C'est pour cette raison que les comédies font mouche. Dans le sillage de la mondialisation qui influence fortement les productions cinématographiques, les acteurs chinois ont ajouté l'anglais à leur répertoire. Les contacts culturels sont à la fois présents sur scène, mais également dans la réalité de la coopération transnationale qui se développe fortement. If You Are the One, comédie romantique de Feng Xiaogang, fait un tabac en Chine comme à l'étranger et représente la poule aux œufs d'or pour son concepteur.

Un retour des films sur l'histoire

Les films chinois contemporains puisent leurs thèmes dans l'histoire de la Chine moderne. C'est ainsi que la guerre de Résistance contre les envahisseurs japonais (1937-1945) et le massacre de Nanjing en 1937, par exemple, peuvent refaire surface dans les salles obscures. Cinéaste qui compte plusieurs films à son actif jusqu'à présent, Lu Chuan a décidé de mettre en scène ces événements à travers City of Life and Death (2009), où l'histoire est abordée selon différents points de vue. Lu Chuan se focalise sur les victimes, tout en essayant de faire ressortir les sentiments des criminels violents. Le film dégage le réalisme d'un documentaire, renforcé par le choix de la technique en noir et blanc, et il s'appuie sur des récits historiques de crimes commis. Que les médias exposent le massacre de Nanjing concerne l'ensemble de la communauté internationale : en 2008, John Rabe, un film franco-allemand de Florian Gallenberger, a été produit en relation avec le massacre de Nanjing et est également sorti dans les salles chinoises.

À la manière des cinéastes de l'Académie du cinéma de Beijing, Guan Hu ne se conforme pas aux méthodes de production des grandes compagnies cinématographiques. Comico-tragique, Cow, un film qu'il a réalisé en 2009, expose brillamment la guerre de Résistance contre les envahisseurs japonais. Le héros est un villageois accompagné d'une vache, seuls rescapés du village détruit par les troupes japonaises. Guan Hu n'est pas le premier à avoir été inspiré par cette thématique, mais dans une large mesure, son film se différencie de ceux des autres grâce à son recours ingénieux à l'humour et aux intrigues tragiques.

The Message (2009), réalisé par Chen Kuofu et Gao Qunshu, se passe également sur fond de guerre de Résistance contre les envahisseurs japonais, et son intrigue tient le spectateur en haleine. Outre la guerre et le massacre de Nanjing, le côté historique occupe une place dominante dans le film. La même année, Huang Jianxin et Han Sanping ont réalisé un film épique, La Fondation d'une république. Comme son nom l'indique, il s'agit de la naissance de la République populaire de Chine, en 1949. Ce film fait revivre le développement mémorable de la Chine au XXe siècle. De plus, les grands noms du cinéma chinois ont répondu présents pour jouer dans ce chef- d'œuvre. En 2009, il figurait troisième au box-office en Chine.

En 2010, c'est le tremblement de terre de Tangshan, survenu en 1976, qui a inspiré le cinéaste Feng Xiaogang, réalisateur d'Aftershock. La production se concentre sur les conséquences qui ont suivi la catastrophe naturelle dont Tangshan (Hebei) a été victime. Arrêt sur image d'une famille témoin du tremblement de terre de 1976 et de celui de 2008, au Sichuan.


La ville, une thématique omniprésente

Depuis la fin du siècle dernier, la sixième génération de cinéastes a vu le jour en Chine, suivie d'une septième aujourd'hui, tous des diplômés de l'Académie du cinéma de Beijing. Ils s'intéressent de très près à la société chinoise actuelle. Jia Zhangke est l'un de ceux-là, et il a réussi à développer un style personnel qui se démarque des modes de travail de la grande industrie du cinéma. Entre 2008 et 2010, il a réalisé 24 City et I Wish I Knew, histoires de Shanghai. Le cinéaste met l'accent sur le style documentaire grâce auquel il dresse le portrait réaliste de plusieurs citadins et citadines et observe attentivement l'évolution des grandes métropoles. Il s'intéresse aussi à la façon de vivre des marginaux.

Les grandes métropoles postmodernes font très souvent l'objet principal des films contemporains, car elles sont multiculturelles et représentent le creuset du développement de la culture en général. De plus, c'est là que se vivent les préoccupations et les conflits sociaux. En 2007, Li Yu a produit Lost in Beijing, une description imaginaire relativement longue de Beijing. Toute l'action se déroule dans la capitale. Elle est le symbole de l'opulence, l'endroit où l'on peut espérer passer une vie tranquille. Toutefois, quand le rêve se brise, les espoirs s'envolent et les personnages doivent redescendre sur terre.

À l'instar de ses homologues précédents, Zhang Yibai se passionne aussi pour la vie urbaine moderne. Dans Spring Subway (2002), le cinéaste décide de tourner l'essentiel de l'action dans le métro; les souterrains devenant ainsi le lieu principal où se tissent les relations sociales. Sorti en 2006, Curiosity Kills the Cat est saisissant; la ville est une nouvelle fois au centre de la caméra de Zhang Yibai qui choisit Chongqing, sa ville natale. L'intrigue repose sur une histoire d'amour déchirante. L'auteur a également été récompensé pour Lost Indulgence (2008). Née d'une collaboration sino-japonaise, The Longest Night in Shanghai est une comédie romantique qui se passe au cœur de Shanghai entre une chauffeur de taxi chinoise et son passager japonais. L'amitié entre les deux peuples est au rendez-vous.

Si le monde urbain est un sujet omniprésent, c'est parce qu'il attire les jeunes spectateurs. Ces films évoquent leurs rêves, leurs ambitions et leurs histoires de cœur. Les cinéastes de ce genre de films sont jeunes et peu connus dans le milieu. Par ailleurs, tout comme Jia Zhangke, ils sortent des sentiers battus, leur travail est l'expression de leur indépendance. En prime, ils sont reconnus internationalement, tout comme l'ont été Zhang Yimou et Chen Kaige, leurs prédécesseurs, vers la fin des années 1980.

Les films chinois contemporains sont accrocheurs de par leur diversité et leur sens artistique si différent d'une œuvre à l'autre, mais aussi parce qu'ils savent refléter l'évolution de la société chinoise. Aujourd'hui, grâce à leur qualité éminente, ces films peuvent concurrencer le cinéma hollywoodien. En tout cas, ils ont certainement leur place dans les festivals internationaux du film. Par conséquent, le public attend la suite et espère voir d'autres productions cinématographiques chinoises dans la prochaine décennie. Une chose est sûre, le souhait de Zhang Yimou de « voir le cinéma chinois voyager à travers le monde » s'est déjà réalisé; un rêve devenu réalité aussi bien pour le cinéaste que pour toute l'industrie chinoise du cinéma.

*STEFANIE RAUSCHER est une sinologue allemande, doctorante en science des médias, cinéma et théâtre à l'Université de Vienne (Autriche). Elle étudie actuellement à l'Académie centrale du théâtre (Beijing). Elle a publié de nombreux articles sur le cinéma chinois contemporain dans le magazine spécialisé Cine Asia, ainsi qu'une monographie sur la cinématographie de Zhang Yimou.




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Source: China.org.cn

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