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Français>>AfriqueMise à jour 23.04.2012 08h43
Afrique/France : intérêt teinté de révulsion au Cameroun à l'égard de la France (PAPIER D'ANGLE)

A quelque 6.000 km de la bataille entre les dix prétendants à l'Elysée ce dimanche en France, les débats sont animés pour ce scrutin au Cameroun où, spécifiquement cette fois-ci comparativement aux échéances antérieures, il se dégage un constat d'intérêt et d'indifférence mélangés, dominé par un sentiment de révulsion vis-à-vis de l'ex-puissance coloniale.

Les sondages d'opinion projetant un duel au second tour le 6 mai entre le président sortant Nicolas Sarkozy et le socialiste François Hollande, favori des pronostics, ont eu un écho dans ce pays dont l'un de ses ressortissants Yannick Noah, ex-star du tennis reconvertie dans la chanson, est régulièrement célébré ces dernières années comme la personnalité la plus préférée des Français.

C'est de tout temps que les effets des évolutions politiques internes en France rejaillissent au Cameroun, une situation qui s'explique aisément par le vécu colonial qui, plus de 50 ans après les indépendances, continue d'affecter l'imaginaire populaire et bien plus l'influence française perpétuelle en Afrique qui fait que certains destins et le sort de certains pays dans ce continent se décident outre-Atlantique.

De fait, a jaugé à Xinhua le sociologue politique Claude Abé, enseignant à l'Université catholique d'Afrique centrale à Yaoundé, "les Africains ont comme une impression qu'à travers les programmes et les projets de campagne qui sont déployés il y a également le sort de l'Afrique qui s'y joue. Aujourd'hui aussi, il y a de plus en plus de langues qui se délient, qui montrent que la crise économique et financière sur le plan international aura des répercussions dans le contexte africain".

Une importante communauté camerounaise vit en France, évaluée à plus de 4.000 personnes, selon les chiffres officiels des services français. Parmi elle, l'écrivaine Calixte Beyala, naturalisée française, trône à la tête d'une association de défense des intérêts de Noirs. Elle exprime une sensibilité socialiste qui rappelle un état d'esprit prédominant dans son pays d'origine.

"Quand vous regardez en fait la société camerounaise aujourd'hui et que vous suivez les débats dans les espaces quotidiens de sociabilité, vous vous rendez compte que les Camerounais, pour la plupart, semblent être du côté socialiste", note le Pr. Abé qui estime que pour la présente élection présidentielle "les Camerounais sont dans une logique de changement en France".

Une preuve de cette analyse, le jeune Armand Claude Efuba Brangers, diplômé en télécommunications, prend à témoin les résultats des enquêtes des instituts de sondage français pour prédire à François Hollande une victoire. "Je pense que les Français ne se laisseront pas duper une deuxième fois. Au terme de cette élection, nous espérons un changement à la tête de l'exécutif en France", dit-il.

L'aspiration au changement déclarée relève surtout d'une expression de rejet de la politique africaine de la France de ces dernières années qui s'est caractérisée par ce que d'aucuns qualifient tout de go d'une étape particulièrement violente et humiliante en 2011 de l'agression perpétrée au fil du temps par la France contre l'Afrique.

Les interventions françaises en Côte d'Ivoire et en Libye, sous couvert des Nations Unies et de l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (Otan), ont provoqué une onde de choc et un malaise sur le continent. A Cameroun, un sentiment anti-français déjà révélé quelques années auparavant par une étude commandée par l'ambassade de France à la Fondation Paul Ango de géopolitique en Afrique centrale (FPAE, organisme de recherche indépendant) s'est accru.

C'est le pays d'asile choisi par beaucoup d'Ivoiriens après la crise postélectorale de 2011, dont le journaliste Fulbert Woile pour qui l'actuel scrutin en France ne lui inspire pas quelconque intérêt, mais "avec ce qui s'est passé en Côte d'Ivoire, en Libye et la situation au Mali où les armes sont entrées et circulent librement après le renversement du régime de Kadhafi, je souhaite que Sarkozy parte".

"Sarkozy doit partir. Ça va être comme la chute du mur de Berlin. Il ne fait qu'allumer le feu partout. Je pense qu'avec Hollande on pourra avoir quelque chose de nouveau. Je sais que la politique française ne va pas changer à propos de l'Afrique ne va pas changer, mais avec la chute du mur de Berlin il y aura une autre mentalité", espère cet exilé.

Cette attente, aux yeux de Claude Abé, signifie surtout de faire le deuil tant espéré d'une politique de réseaux mafieux qui perdure sous le concept de françafrique. "Nicolas Sarkozy, au lendemain de son élection (en 2007, ndlr), avait tenu un discours assez fort à Dakar qui montrait un peu la fin de la françafrique. On s'est rendu compte à la fin que ça été même un corsage de la françafrique".

Conséquence : "Aujourd'hui, c'est une élection qui intéresse même les Africains en se disant peut-être c'est le dénouement de la question de la françafrique". Mais, a pu observer l'universitaire, autant il y a une frange de Camerounais qui regardent cette élection avec beaucoup d'attention particulière, autant il y a de l'autre côté un certain nombre de Camerounais qui en sont indifférents.

Dans la deuxième catégorie, émergent groupes : d'une part, ceux qui, "adhérant à la théorie du complot, refusent de regarder en tant que nous avons nos problèmes et que nos dirigeants en sont responsables et qui, dans cette théorie du complot, ont tout rejeté sur la France et estiment en réalité que de ce point vue-là ce qui se déroule de ce côté-là ne les concerne pas".

C'est le cas du jeune Efuba Grangers qui, malgré sa sympathie pour François Hollande, ne cache pas que "cette présidentielle ne nous affecte pas trop à cause des situations que nous vivons au Cameroun (arrestations d'éminentes personnalités). Elle arrangerait peut-être les affaires de notre président".

Il est évident que l'issue du scrutin est attendue par le pouvoir central camerounais. Avec Nicolas Sarkozy, les rapports sont réputés aigre-doux. Si son homologue Paul Biya a effectué deux visites officielles à Paris au cours des cinq années écoulées, le chef de l'exécutif français s'est illustré par une promesse non tenue de se rendre au Cameroun.

Tout comme une éventuelle alternance politique en France, cette visite n'aurait d'ailleurs pas changé grand-chose à la posture de cette autre frange de Camerounais que le Pr. Abé décrit comme étant carrément désintéressés par la bataille électorale en cours, car mus par "une volonté de se démarquer par rapport à la relation que la France a avec le Cameroun".

Par Raphaël MVOGO

Source: xinhua

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