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Français>>AfriqueMise à jour 09.04.2012 16h21
Mali : triomphe du régime constitutionnel

La situation politique au Mali, agitée, confuse et chaotique, est enfin en voie d'être clarifiée et éclaircie. Le 6 avril, le Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l'Etat (CNRDRE), mis en place par la junte militaire rebelle malienne, et la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) ont signé conjointement un accord-cadre dans lequel il est signifié que le CNRDRE est prêt à remettre le pouvoir au Président de l'Assemblée nationale malienne et que ce dernier, en tant que Président provisoire de l'Etat malien, se chargera de former et de composer un gouvernement provisoire et d'organiser l'élection présidentielle dans le délai de quarante jours prescrit par la Constitution. D'autre part, il est stipulé dans l'Accord-cadre qu'il sera publié une amnistie à l'égard de la junte militaire qui a fomenté et déclenché le coup d'Etat. A l'issue de la signature de l'accord-cadre, le Président exécutif de la CEDEAO Alassane Ouattara a demandé que l'embargo global décrété en vue de sanctionner et de punir le Mali soit « immédiatement » levé et annulé.

Quelle est la raison pour laquelle la junte militaire malienne ayant à sa tête le capitaine Amadou Haya Sanogo a-t-elle fait une telle subite volte-face en présentant ses excuses à la CEDEAO et en acceptant de coopérer avec elle et également à remettre le pouvoir au Président de l'Assemblée nationale ? C'est en fait le seul choix possible pour la junte militaire qui est en proie à de nombreuses difficultés tant intérieures qu'extérieures, qui est dans l'impasse, qui est à bout de ressources et qui est acculée à une situation sans issue. Tout d'abord et en premier lieu c'est que le coup d'Etat est discrédité et ne bénéficie aucunement du soutien de la masse populaire, au contraire, il a fait l'objet d'une condamnation et d'une stigmatisation unanimes de la plupart des partis politiques du pays de même que de la communauté internationale. Au Mali, la junte militaire se torture l'esprit et se creuse la cervelle, mais ne trouve aucun moyen de sortir de l'impasse. Par contre le Front uni pour la sauvegarde de la démocratie et de la République, qui réunit trente huit partis politiques et organisations populaires du pays, s'oppose, tient tête et affronte spécialement celle-ci qui n'en peut plus. A son appel, nombreux sont les gens qui se précipitent dans la rue pour manifester, pour exprimer leur mécontentement et pour demander aux militaires rebelles de retourner à leurs casernes, ce afin que le régime constitutionnel puisse être rétabli dans le pays. A bout de ressources, la junte militaire a été obligée, il y a quelques jours, d'annoncer son désir de convoquer une « réunion nationale ». Il est à prévoir que la réunion a pour objectif d'obliger le public à prendre position en exprimant son soutien et son appui à celle-ci. Toutefois, vu qu'il y a seulement un très petit nombre de partis politiques et d'organisations populaires qui se prononcent en faveur de la réunion, la conséquence inévitable a été de la « remettre » et de la « renvoyer à plus tard ».

Tout comme ses déboires et ses ennuis à l'intérieur du pays, la junte militaire malienne s'enfonce dans un isolement total sur le plan international. Que ce soit les organisations internationales et régionales, dont les Nations Unies (ONU), l'Union africaine (UA) et la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) ou bien que ce soit de nombreux pays du monde, dont la Chine, tous, sans exception, ils demandent que l'ordre constitutionnel soit rétabli au Mali. Parallèlement, l'UA et la CEDEAO ont commencé à infliger au Mali des sanctions économiques et diplomatiques. Cette dernière a en plus menacé le 6 courant le concerné en affirmant qu'elle va lui envoyer des troupes pour préserver son « intégrité territoriale ». De source bien informée, dès après l'entrée en vigueur des mesures de sanctions, il est apparu des difficultés dans la capitale malienne dont certains quartiers souffrent de la coupure de courant, ainsi que du manque d'essence et de devises, ce qui fait que les gens font la queue devant les stations d'essence et les banques.

Un autre facteur plus important qui a poussé la junte militaire à changé sa position et son attitude, c'est l'aggravation et la détérioration de la situation dans le nord du pays. Lorsque la junte militaire a déclenché le coup d'Etat au Mali, la principale raison qu'elle a invoquée c'était le manque de moyens de l'ancien Président dans la lutte contre la rébellion touareg et les groupes islamiques dans le nord du pays. Cependant, après qu'elle ait renversé le gouvernement du Président Amadou Toumani Touré, la situation ne s'est aucunement améliorée, au contraire, elle s'est aggravée et empirée. Tout d'abord, dans le court laps de temps de deux semaines qui ont suivi le déclenchement du coup d'Etat et du renversement du gouvernement, les organisations rebelles du nord du Mali, et surtout les rebelles touaregs, qui a pour principal groupe le Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA), sont passés au stade supérieur de leur défi contre le pouvoir central de Bamako qui ont pris et occupent trois importantes villes du nord, à savoir Kidal, Gao et Tombouctou. Ainsi, à peu près tout le nord du Mali est passé sous le contrôle des rebelles touaregs et il n'y a plus d'étonnant à ce que des médias français s'exclament en disant : « Le Mali est divisé en deux ! ». Ce qu'il y a de plus surprenant c'est que le MNLA a officiellement autoproclamé le 6 avril l'indépendance du territoire dont il contrôle désormais dans le Nord du pays, c'est-à-dire la région d'Azawad composée des trois villes de Kidal, de Gao et de Tombouctou. "Le comité exécutif du MNLA appelle la communauté internationale dans son ensemble à reconnaître immédiatement, dans un esprit de justice et de paix, l'indépendance de l'Etat de l'Azawad", a annoncé Billal Ag Acherif Acherif, le leader de l'organisation, basée à Gao. Toutefois, dès après la publication de cette déclaration, elle a été condamnée et stigmatisée par la communauté internationale qui indique que les agissements en vue de diviser et de séparer le Mali sont complètement inacceptables.

Juste au moment où le pays est sous la menace de la division et de la séparation, une nouvelle encore plus inquiétante parvient du nord : les trois importantes villes du nord, c'est-à-dire Kidal, Gao et Tombouctou, ont fait l'objet de nombreux actes de pillage, de saccage et de dévastation. Et tout particulièrement à Gao où sept diplomates du consulat algérien ont été pris en otage, où de jeunes filles ont fait l'objet de vol à main et où il s'est produit des actes de viol. L'effroi, l'affolement et la panique ont gagné la population locale et dans cette atmosphère craintive et apeurée, des centaines de milliers de gens ont été obligés de prendre la fuite et de quitter leurs foyers et de chercher un refuge ailleurs. Lorsque la nouvelle de ce désastre est parvenue dans la capitale malienne, les gens du nord qui habitent à Bamako explosent d'indignation et de colère et plusieurs centaines de jeunes manifestent dans la rue pour condamner les actes de pillages commis dans leur pays natal et ils exigent même qu'on leur distribue des armes afin qu'ils puissent retourner au nord pour combattre les rebelles.

Devant l'aggravation et la détérioration de la situation, la junte militaire ne peut plus demeurer calme, tranquille et inactive, car dans le cas où la conjoncture s'empire au point de traîner en longueur et si même les rebelles touaregs ont l'idée de faire une percée à l'intérieur du pays, la situation deviendrait alors incontrôlable et désastreuse, les choses finiront par se gâter irrémédiablement et il n'y aurait plus aucun moyen de redresser la situation. Ce serait alors un crime impardonnable que la junte militaire ne voulait à aucun prix. Par conséquent, lors de sa rencontre avec l'envoyé spécial de la CEDEAO le Ministre burkinabé des affaires étrangères, Djibril Bassolé, le chef de la junte militaire le Capitaine Amadou Ahia Sanogo a été obligé d'accepter, à l'issue des discussions avec celui-ci, le rétablissement au Mali de l'ordre constitutionnel.

Face au chaos, au désordre et au trouble qui règnent actuellement au Mali, ce sont en réalité les puissances occidentales, et tout particulièrement les Etats-Unis et la France, qui s'énervent et s'inquiètent le plus tout comme elles sont assises sur des charbons ardents, car dans les troupes des rebelles touaregs du nord, il y a une unité appelée « Soutien à l'Islam » qui est reconnue comme une organisation islamique extrémiste. Elle est soutenue par Aqmi (al-Qaïda au Maghreb islamique) qui est une branche d'Al-Qaïda dans la région du Maghreb et son but est de combattre l'Occident en lui livrant une « guerre sainte ». Le Ministre français des Affaires étrangères Alain Juppé a prononcé il y a quelques jours à Paris un discours dans lequel il a indiqué franchement et sans ambages que ce qui préoccupe et inquiète le plus la France c'est la possibilité d'une alliance entre les Touaregs et l'Aqmi, ce qui leur permettra finalement de s'emparer, d'enlever et d'occuper de force l'ensemble du Mali. En fait, pour monsieur Alain Juppé, ce n'est pas seulement le Mali qui le préoccupe, ce qui l'inquiète plus encore c'est que le « péril islamique » puisse « s'étendre de la Libye jusqu'au Nigeria », ce qui permettra alors aux forces islamiques extrémistes d'étendre et de propager leur influence de l'Afrique du Nord jusqu'à l'Afrique de l'Ouest dans son ensemble.

Dans le cas où la junte militaire malienne pourrait exécuter et appliquer rapidement, sérieusement et consciencieusement l'accord-cadre conclu avec la CEDEAO et rétablir ainsi au Mali le droit civique et l'ordre constitutionnel, ce serait vraiment une bonne et heureuse chose pour le peuple malien et les autres pays de la région, de même que la communauté internationale, pourraient alors pousser un soupir de soulagement. Bref, on pourrait dire que c'est le triomphe du régime constitutionnel et qu'il est démontré que dans un pays démocratique où le système de légalité est parfait et perfectionné aucune organisation ou n'importe quel individu ne pourrait agir au mépris de la loi et de la Constitution et faire comme bon lui semble en ignorant et en ne tenant aucun compte de cette dernière. Il y a en outre un autre point sur lequel il faut insister, c'est que même dans le cas où le régime constitutionnel puisse être rétabli au Mali, le peuple malien doit continuer à faire face à un autre défi grave et sérieux : il lui faut faire des efforts pour défendre et pour préserver l'unité nationale et pour que les forces séparatistes ne puissent réaliser leurs complots, leurs machinations et leurs menées.

(Auteur de cet article : Ren Yaqiu)

Source: le Quotidien du Peuple en ligne

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